L’avortement et le fanatisme.

Il est impossible de parler d’avortement au Québec. En fait, prononcer le mot est même à ses risques et périls. Je me demande pourquoi il est encore dans les dictionnaires tellement certains veulent l’effacer de l’usage public (sans effacer le geste).

Je suis pro-choix, mais parfois, je suis vraiment gêné de ceux qui défendent la même idée que moi. Oui, je sais, les pro-vie sont supposément des fous religieux. Tous? Je ne sais pas, mais c’est ainsi qu’on nous en parle. Ils ne devraient même pas avoir le droit de manifester près de cliniques d’avortements parce que ce qu’il font est assurément illégal… Ou du moins immoral. Peu importe, il devrait y avoir des lois contre leur présence et on doit appeler la police pour les empêcher d’être là! Leur seule existance est néfaste.

En plus ce sont tous des hommes qui ne comprennent rien à la femme. Parce qu’une femme pro-vie, ça ne peut pas exister! Comme les gais en Iran.

Lorsque vient le temps de discuter calmement et rationnellement d’avortement, certains pro-choix prennent les mêmes traits fanatiques religieux qu’ils dénoncent ou croient dénoncer. Cette fausse supériorité morale me donne un malaise! Quand j’en entend traiter de tous les noms ceux qui n’ont pas les mêmes valeurs, pensant détenir la vérité, j’ai un GROS malaise!

Je vais être bien honnête, lorsque j’y pense, même si je suis pro-choix, j’ai presque plus de facilité à moralement justifier la position des pro-vies… En fait, leur position vient avec moins de questionnements moraux. Et des questions, il me semble que j’en ai plein! J’en avais il y a 4 ans et j’en ai encore plus aujourd’hui.

Résumons:
Pro-choix = le droit à la femme de décider de son corps passe avant la possible vie humaine découlant de la conception faite.

Pro-vie = la femme ne décide plus que pour elle après la conception, mais pour une autre vie ou du moins un potentiel assuré de vie. Un avortement est donc un meurtre.

Tout le débat revient donc à une question morale bien simple: À PARTIR DE QUEL MOMENT UNE VIE EST-ELLE UNE VIE?

C’est tout! Rien de plus! De croire que le foetus n’est pas une vie, c’est un choix moral. Il n’est pas meilleur ou pire que celui des pro-vie. Il est seulement plus populaire. Pourtant, certains pro-choix croient réellement détenir la vérité! Ils prétendent même se baser sur la science. C’est donc une certitude qu’on ne peut questionner et soulever la question ne peut se faire que par des attardés, des sous-hommes… Mais que dit la science? Elle calcule en fait le moment de conscience du bébé (autour de 24 semaines il semblerait, mais c’est remis en question). Mais est-ce que conscience = vie?

L’autre argument scientifique, c’est l’autonomie du bébé à vivre sans la mère. Mais au fur et à mesure que la science avance, la donnée change aussi. Présentement, en bas de 30 semaines, il y a beaucoup de complications. À 24 semaines, il est viable, mais disons qu’il sera fort probablement « magané de la vie ». La science médicale et biologique évolue cependant et il me semble qu’on n’est pas si loin du jour où on pourra incuber un bébé en laboratoire. Cela amènera d’autres questions morales (l’humain qui joue à dieu vs la possibilité d’enfanter pour des couples qui ne le peuvent physiquement par exemple), mais remet ausis en question cet argument.

Et tout cela ne change rien à la question principale: À PARTIR DE QUEL MOMENT UNE VIE EST-ELLE UNE VIE? Pourquoi un foetus est-il une forme de vie négligeable? Pourquoi les choix de la mère doivent encore primer sur cette forme de vie? Pourquoi certains tiennent à nous rappeler comment c’est éprouvant pour une femme un avortement, mais du même coup, veulent que ce soit socialement anodin comme geste?

J’écrivais plus haut que la croyance que le foetus n’est pas une vie est plus populaire que l’inverse, mais je n’en suis en fait pas si sûr. J’ai plusieurs amies qui, malheureusement, ont perdu un enfant désiré autour de la 8e semaine. Avant ce stade, on dit souvent que l’enfant ne s’est pas encore tout à fait « accroché ». Mais pour toutes ces femmes, c’est un enfant qu’elles ont perdu. On parle bien sûr ici de sentiments et non de faits. Le système de justice existe cependant pour s’assurer de donner un SENTIMENT de justice à la société afin que personne ne se fasse justice lui-même.

D’ailleurs, parlant de système de justice, une autre question importante concerne les crimes contre de futures mères. Comme j’ai déjà expliqué dans un autre blogue il y a 4 ans, je crois que pour la majorité des Canadiens, un crime contre une femme enceinte est pire qu’un crime contre une femme tout court. Ils voudraient donc que le crime soit considéré comme tel. Il y a, en effet, en cour, la possibilité pour un juge de considérer cela comme un facteur aggravant, mais la valeur du crime n’est pas changée en tant que tel. Ce débat est aussi sensé revenir à la Chambre des Communes, mais les pro-choix radicaux s’y opposent aussi totalement pour être sûrs de ne donner aucun statut au foetus. Pourtant, on regarde tous croche une femme enceinte qui fume ou boit. Il y a même des recours à prendre lorsqu’une femme est enceinte et a des problèmes de consommation (drogue ou alcool). N’est-ce pas donner un statut au foestus?

Il faut rappeler que malgré tous les cris hystériques, les Conservateurs n’ont pas voulu questionner le droit même à l’avortement. Ils ont seulement voulu le baliser. Lise Ravary a écrit deux textes extraordinaires à ce sujet. Ici et ici. Quelques autres voix, dont Richard Martineau et sa blonde Sophie Durocher, ont aussi exprimé des questions et des doutes sur le sujet. Ça vient avec un lot de critiques et d’insultes, mais une chance que Quebecor est là depuis quelques mois pour offrir des opinions, partagées par de nombreux Québécois je crois, mais qui n’avaient aucune visibilité ou presque il n’y a pas si longtemps en dehors de certaines radios faussement appelées poubelles. Sans eux, on retomberait dans la paresse intellectuelle et l’illusion de pensée unique digne d’une grande noirceur. Le prochain gros débat concernant l’avortement touchera ces couples de « néo-Canadiens » qui décident d’avorter parce qu’ils ne veulent pas une fille, seulement un garçon.

Il faut cependant parier que ce sera difficile de parler de cela aussi! Parce qu’on ne peut avoir de débat rationnel sur l’avortement à cause de peurs irationnelles. Tout le monde a le droit à son opinion, mais chez les ministres, ça doit être la pensée unique. Des femmes peuvent aussi dire à une autre femme de se la fermer ou d’avoir les « bonnes idées » sinon elle perd sa job! Ouais! On est vraiment évolués!

Les lois divergent énormément d’un pays à l’autre sur l’avortement. À un moment donné, on cesse aussi de pratiquer un avortement comme on l’imagine généralement (avec un genre d’aspirateur) et on passe à la provocation d’accouchement. Plusieurs pays semblent avoir limité l’avortement légal à ce stade. Excepté parfois dans les cas de viols ou de malformations du bébé et toujours dans les cas où la santé de la mère est mise en danger. Il y a là des cas où tous les pro-choix peuvent pas mal s’entendre. En fait, lorsque la vie de la mère est mise en danger, même une majorité de pro-vie sont d’accords pour le droit à l’avortement. Mais il y a d’autres facteurs à ternir en compte. Le contexte dans lequel l’enfant pourrait naître entre autres. Il est peut-être, en effet, parfois préférable qu’un enfant non désiré ne vienne pas au monde. Du même coup, le nombre d’avortements annuels force aussi à se poser des question. Peu importe ce que disent les fanatiques, d’un côté comme de l’autre, il y a matière à se poser plusieurs questions afin de poser des balises à l’avortement au Canada. J’aimerais que nous soyons assez matures pour y arriver un jour!

En attendant, la démonisation est loin d’être terminée.

Edit: Au lendemain de la mort du Dr. Morgentaler, ce débat revient un peu sur la table. Voici ce que je pense de ce sujet précis:

J’ai un malaises des deux côtés. Ceux qui le disent un monstre comme ceux qui le disent un héro. Il a contribué à offrir une option sécuritaire à des femmes ne voulant pas enfanter dans certaines conditions. Il a cependant aussi contribué à créer une certaine culture de l’avortement quasi banalisé qui fait qu’aujourd’hui au Québec, il y a 1 avortement pour 3 naissances.

Donc disons que pour moi, son héritage est mitigé.

Publié le octobre 1, 2012, dans Féministes, Loi et ordre, Politique, Santé, Société. Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. je suis des gens qui pensent que nos vie nous appartiennent, a t’on besoin du peuple pour décider si nous sommes en mesure de mettre à terme un enfant, ou de mettre fin à nos jours ou encore nous marier avec une personne du meme sexe…pourquoi avons nous toujours besoin du peuple pour réfléchir à notre place ? Sommes nous pas assez intelligent individuellement.

  2. Pour vos vies, c’est pas un problème. Mais là ça implique un peu une autre vie…

  3. En droit on parle vie lorsque le fœtus est viable, alors avant cela ça ne devrait regarder que la personne qui le porte et qui aura la responsabilité de subvenir à ses besoins et si vous voulez débattre du sujet sachez ce qu’il en convient de porter un enfant, alors pour cela il se doit que vous soyez une femme ou que vous ayez des connaissance appropriées à ce sujet et cela autre que vos simples commentaires.

  4. En fait, en droit, au Canada, il n’y a aucune balise pour l’avortement. Alors, un foetus viable (ce qui est maintenant assez tôt) peut être avorté.

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2008/03/06/005-avortement-enquete.shtml

    Et bravo pour le sexisme d’exiger qu’on doit être une femme pour parler d’avortement… D’autres sujets qui sont interdits pour les hommes?

  5. Pour bien situer le débat sur l’avortement, je pense qu’il nous faut d’abord comprendre ce qu’il fait entendre par un organisme non-viable. Depuis sa micro-réalité, l’on peut certainement dire que l’organisme appelé  »zigote » (premier point de contact réel entre le spermatozoïde et l’ovule) est reconnu comme un organisme non-viable au même titre qu’un enfant abandonné par ses parents dans les bois à l’âge de trois mois. L’enfant de trois mois est non-viable parce qu’il ne survivra pas. Il mourra de faim ou d’autres causes. Mais il mourra. Il est non-viable parce qu’il est séparé de qui peut le tenir en vie.

    Ceci compris on peut écarter, comme  »réalité » qui justifierait l’avortement, le principe de non-viabilité de  »zigote ». Pourquoi ? Parce que quiconque, en état normal, trouverait un enfant de trois mois (c-à-d un corps non-viable) dans les bois, seul et abandonné, le sauverait de la mort certaine qui l’attend. Il l’accueillerait chez lui ou le confierait à un organisation médicale. C’est normal. L’enfant est re-mis dans une situation viable comme le  »zigote » est viable dans le corps qui le protège et le nourrit. Donc le principe irréaliste ou incorrect de non-viabilité d’un organisme à l’intérieur du corps qui le protège et le nourrit, quelque soit son stade de croissance, oblige au droit absolu d’être protégé et nourrit. Cela pour l’aspect humain du débat sur l’avortement.

    Je reviendrai avec un autre post, si vous le voulez, sur la perspective religieuse de ce débat.

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